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    Jean-Marc Guillemet (Directeur des Opérations – PETIT BATEAU)

    Prise entre le recul des ventes, l’interdiction de détruire leurs invendus et l’aspiration à des moyens de fabrication plus raisonnés, les marques rebattent plus que jamais les cartes de leur modèle de production. L’année 2020 aura fait date dans le milieu de la mode et de l’habillement, avec un nombre croissant de marques qui se sont essayées à la production à la demande. Parmi elles, PETIT BATEAU, qui vient d’équiper son usine historique de Troyes d’un atelier d’impression numérique, avec l’ambition d’accroître son niveau de réactivité par rapport aux demandes du marché, tout en limitant son impact sur l’environnement. Une révolution verte et digitale que nous explique Jean-Marc GUILLEMET, directeur des opérations de Petit Bateau.

    Depuis le 1er janvier 2022, les invendus non alimentaires ne peuvent plus être détruits. Le textile et la mode sont concernés par cette mesure. Produire à la demande ne peut donc plus être une option ?

    Avant même que cette mesure de la loi antigaspillage soit effective, la production à la demande était un sujet stratégique pour Petit Bateau. En 2020, nous étions dans une situation critique, nous accusions 20 millions d’euros de pertes. Il était donc devenu urgent de repenser notre business modèle pour que Petit Bateau redevienne une marque rentable. Nous souhaitions aussi nous fixer de nouveaux objectifs de développement durable.

    Dans cette équation, produire à la demande s’est naturellement imposé comme un levier de croissance pour nous. Pour des raisons qui tiennent à la fois à l’écologie et à l’économie : les consommateurs étant de plus en plus versatiles dans leurs comportements d’achat, mais aussi plus enclin à acheter des produits responsables. Il a donc été décidé d’engager la transformation de notre site de Troyes, pour en faire une plateforme de fabrication à la demande, l’objectif à terme étant de ne produire que ce que nous vendons, réduisant ainsi notre empreinte environnementale. Une stratégie incarnée dans notre nouvelle devise « Liberté, qualité, durabilité ».


    « Avec l’impression numérique, nous avons transformé notre logique de production »

    — Jean-Marc Guillemet, DIrecteur des Opérations, PETIT BATEAU

    La bonneterie Petit Bateau existe depuis plus d’un siècle, 400 personnes travaillent dans l’usine historique de Troyes, sans compter les 200 intérimaires de votre plateforme logistique. Comment, concrètement, s’opère ce changement ? 

    La particularité de Petit Bateau est de maîtriser l’ensemble de sa chaîne de valeur. Notre matière première est le fil de coton, que nous achetons en Turquie, chez un filateur avec qui nous travaillons depuis des années. Ce fil est ensuite tricoté, teint, ennobli et confectionné à Troyes, et dans nos deux usines partenaires, au Maroc et en Tunisie. Seule l’impression était jusqu’ici sous-traitée, en région lyonnaise. Afin de proposer une production à la demande, nous devions intégrer cette étape, ce qui s’est traduit par l’acquisition d’une imprimante numérique textile adaptée à notre métier – une Monna Lisa de chez Epson -, la construction, sur le site de Troyes, d’un atelier dédié et la formation de deux opérateurs.

    Qu’est-ce que cela va changer ?

    Nous sommes passés d’un atelier de confection traditionnel à un outil industriel réactif. Là où il nous fallait trois mois pour décliner un nouvel imprimé, grâce à l’impression numérique, nous pouvons aujourd’hui le sortir en deux semaines. Là où nous produisions 100 % de nos collections avant saison, nous n’en produisons plus que 50 %. La production à la demande telle que nous sommes en train de la mettre en place représente un gage évident de rentabilité pour Petit Bateau. Nous sommes désormais en mesure de produire les bonnes quantités au bon moment, et donc de limiter nos invendus et nos pertes. Mais cela va également plus loin. Grâce à la réactivité que nous donne la Monna Lisa, nous pourrons aussi adapter nos collections en fonction des tendances. C’est un gage de créativité supplémentaire pour la marque, tout en limitant la part de risque pour l’entreprise.

    Vous parlez d’un « premier investissement ». D’autres sont attendus ?

    Nous sommes en pleine phase d’accélération. L’impression représente un investissement majeur, mais qui en appelle d’autres. L’idée est d’automatiser notre production et d’intégrer progressivement les outils qui vont nous permettre d’atteindre cet objectif. Je pense notamment à la découpe numérique. Le développement de la vente en ligne d’offres personnalisées, imprimées à la demande, est un sujet sur lequel nous réfléchissons. La mise en place de notre nouveau centre de production, auquel nous réfléchissions depuis longtemps, a représenté un investissement global de deux millions d’euros, rendu possible grâce au plan France Relance qui nous a soutenu à hauteur de 650 000 euros.

    Quid de vos usines au Maghreb ? Le modèle que vous mettez en place à Troyes est-il appelé à essaimer ?

    Oui, l’idée est d’être inspirant pour nos partenaires historiques. Nous travaillons depuis plus de 30 ans avec notre usine au Maroc et 15 ans avec notre usine en Tunisie, et je peux vous dire que de part et d’autre de la Méditerranée, le niveau d’exigence est le même. La dynamique est globale et partagée. Avec l’impression numérique, nous avons transformé notre logique de production.

    Pour quand sont attendues les premières collections imprimées à Troyes ?

    Il y aura sûrement quelques imprimés dans la collection de cet été, mais le vrai lancement se fera pour la saison Automne-Hiver 2022-2023.

    Journaliste, Cécile Jarry suit depuis plus de dix ans l’actualité des secteurs des industries graphiques et créatives. Responsable veille & contenu chez 656 Editions, elle collabore aujourd’hui au magazine Industries Créatives. Ses sujets de prédilection : le design durable, l'éco-conception, la personnalisation ainsi que les dernières évolutions de l'industrie.