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Soigner ses espaces pour mieux soigner les hommes

Et si les impératifs de respect de distanciation physique qui incombent désormais à tout un chacun devenaient une nouvelle contrainte créative pour les spécialistes de l’agencement ? Dans les ateliers et les bureaux d’étude, la gestion de crise cède progressivement la place à la reprise de l’activité. Objectif design !

 

 

 

Les réflexes reviennent vite et c’est tant mieux. Dans les ateliers et les bureaux d’études, le KO debout des débuts dû à l’arrivée soudaine du Covid-19 cède progressivement la place à une reprise d’activité qui dépasse de plus en plus la gestion de crise. Dans un article publié dans Le Monde fin avril, le designer Patrick Jouin, qui, avec le chef Alain Ducasse, a présenté à l’Élysée des mesures concrètes pour permettre la réouverture des restaurants et des bistrots, a prévenu : « Il faut recréer une architecture intérieure avec des barrières physiques les plus élégantes et légères possibles, pour éviter le tue-l’amour ou de perdre l’âme des lieux ».

Si l’on assiste aujourd’hui au grand retour de l’hygiaphone, avec des commandes qui ont bondi de plus de 40 % entre mars et mai, force est de constater heureusement que le design reprend progressivement la main. Intégrer la composante sanitaire dans ses aménagements, tout en conservant le sens de l’esthétique, voilà le défi.

 

DES PRÉOCCUPATIONS QUI PRÉ-EXISTAIENT AU COVID-19

 

Soigner ses espaces pour mieux soigner les hommes ? « Bien sûr ! La question n’est pas nouvelle. Mais attention à ne pas perdre de vue l’essentiel », temporise Lily Latifi. Spécialiste des matériaux souples, la designer intervient depuis près de vingt ans dans des projets d’architecture d’intérieur pour résoudre les problématiques de ses clients en matière de luminosité, de visibilité, de modularité et de confort thermique et phonique. Google, Renault, Accor, Areva, Guerlain et d’autres ont fait appel à elle pour aménager leurs espaces et créer des intérieurs polyvalents et modulaires, à l’aide notamment de panneaux coulissants sur rail qui délimitent les espaces tout en gardant un esprit « open space ». « Il est encore difficile de prévoir la réaction du marché et de dire quelles seront les bonnes réponses à apporter, mais je constate que cette période particulière a mis en exergue des problématiques qui sont celles des designers depuis déjà de nombreuses années », explique la créatrice.

 

 

Panneaux de séparation créés par la designer Lily Latifi, installés chez Tetris, spécialiste de l’architecture d’intérieur

 

« Cette période particulière a mis en exergue des problématiques qui sont celles des designers depuis déjà de nombreuses années », Lily Latifi, designer

 

 

« IL NE FAUT PAS SE TROMPER DE COMBAT »

 

Parmi les sujets qui sont revenus sur la table : celui d’une production plus durable et plus locale, ainsi qu’une plus grande importance accordée aux matériaux. « La question des matériaux est centrale. Dans le domaine de l’hôtellerie, c’est un sujet de réflexion majeur, avec cette idée d’avoir des matériaux lisses et faciles à nettoyer ». Un plébiscite pour le verre ou le plexiglas ? « En tant que spécialiste du textile et du feutre, j’observe évidemment ce qui se passe avec attention. Mais là aussi, il est important de réfléchir aux usages », poursuit Lily Latifi.

Une grande partie du travail de la designer tourne aujourd’hui autour de l’acoustique et, dans ce domaine, chacun sait qu’une surface lisse réfléchira beaucoup plus les sons qu’une matière plus absorbante comme le feutre. « On ne mettra évidemment pas des panneaux en feutre pour arrêter des postillons, mais on peut en revanche s’en servir pour réorganiser ses espaces autrement, tout en luttant contre les nuisances sonores, souligne la designer. Je pose la question : “Qu’est-ce qui est le mieux : renvoyer tout le monde dans ses bureaux en les séparant avec des parois en plexiglas ou réfléchir à une organisation du travail plus flexible et privilégier un meilleur bien-être pour tous ?” Je pense qu’il est plus intéressant d’adopter une démarche durable, plutôt que de continuer à vivre comme avant, mais avec des barrières partout. Il ne faut pas se tromper de combat ».

 

 

« Face à un besoin de réassurance et une recherche de circuits courts, les fabricants et agenceurs français vont bénéficier de la prime au partenaire local », Jean-Philippe Nuel, architecte d’intérieur

 

 

 

UNE CARTE À JOUER POUR LES FABRICANTS FRANÇAIS

 

Du côté des fabricants et des agenceurs, la réplique est en train de s’organiser. Après avoir répondu aux urgences sanitaires en détournant leur production pour confectionner des masques et fabriquer des parois en plexiglas, les fournisseurs mettent progressivement en place des modèles de développement plus durables, qui correspondent davantage à leur cœur de métier.

Pour l’architecte d’intérieur Jean-Philippe Nuel, connu pour ses nombreux projets d’aménagement dans l’hôtellerie, le contexte est favorable. « Face à un besoin de réassurance et une recherche de circuits courts, les fabricants et agenceurs français vont bénéficier de la prime au partenaire local, prévenait-il ainsi dans un webinaire organisé fin avril par l’Ameublement Français et le groupe Beemedias. Fabricants et agenceurs doivent aujourd’hui revendiquer une position d’experts en matériaux et de spécialistes de la mise en œuvre, un ensemble de savoir-faire qui sont précieux pour les challenges qui sont à relever par les maîtres d’ouvrages et les maîtres d’œuvres ».

 

DU CÔTÉ DE LA FAB : UN CONTEXTE DE TRANSITION

 

Ultima Displays, spécialiste européen du display et de la communication grand format, a réagi en deux temps. « D’abord dans une logique de gestion de crise, avec un premier catalogue de produits qui répondait à l’urgence immédiate. Et maintenant dans une optique de reprise de notre activité, avec une offre plus large et plus travaillée, où la personnalisation retrouve toute sa place », précise Marie Amouroux, directrice Produit chez Ultima Displays. Pour la responsable, l’adaptabilité des équipes a été la clé. « Cela nous a permis de réorienter rapidement notre roadmap Développement & Sourcing, pour mieux appréhender notre marché et répondre aux exigences du moment, pour de l’aménagement d’espace notamment. Nous avons ensuite lancé un nouveau catalogue intitulé “Des solutions pensées pour la reprise d’activité”, avec la volonté de se projeter et d’anticiper les changements liés à la crise », précise Marie Amouroux.

En le feuilletant, on y reconnaît des produits déjà existants et disponibles en stock, comme les stop-trottoirs et les barrières rétractables, mais réadaptés à la situation, avec des chevalets et des cloisons de séparation en tissus personnalisables ou des enrouleurs avec média transparent. On y trouve également de nouveaux produits, spécialement développés par le service R&D d’Ultima Displays comme, par exemple, des cadres clippants sur pieds. « Ultima Displays travaille aujourd’hui sur le renforcement de son offre dans le domaine de l’aménagement de bureau, sur la base de solutions déjà existantes, détournées ou nouvelles. Nous développons aussi de nouvelles solutions, notamment dans le domaine de l’acoustique, avec un lancement de produits prévu pour septembre 2020 », prévient Marie Amouroux.

 

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Ultima Displays, spécialiste européen du display et de la communication, renforce son offre dans le domaine de l’aménagement avec de nouvelles solutions acoustique attendues pour la rentrée 2020

 

« Dans une optique de reprise de notre activité, nous proposons une offre plus large et plus travaillée, où la personnalisation retrouve toute sa place », Marie Amouroux, directrice Produit, Ultima Displays

 

Spécialiste du display et du stand d’exposition, avec des unités de production en France et au Canada, Duo Display annonce de son côté vouloir mettre son expertise en matière de construction de cloisons et d’impression textile au service de ses revendeurs, dans l’optique de développer une nouvelle offre à destination du marché de la décoration d’intérieure. « L’idée était dans les cartons depuis plusieurs mois. Le contexte nous oblige à accélérer son développement », confie Nicolas Crestin, directeur marketing de Duo Display. « Nous disposons de toute l’expertise nécessaire pour répondre aux demandes du marché dans ce domaine, avec non seulement des solutions de distanciation personnalisables, mais aussi des caissons lumineux et des supports acoustiques », poursuit le responsable qui vise, lui aussi, dans un premier temps le marché des espaces de travail.

Chez Faber France, on a aussi la conviction que cette crise crée un précédent. Il y aura un avant et un après Covid-19, ce qui va générer des nouvelles attentes de la part des clients. Le spécialiste en solutions de communication personnalisées, basé dans les Hauts-de-France, élabore actuellement un nouveau catalogue plus adapté au contexte. « Nous faisons le pari que les solutions de distanciation vont devenir pérennes, que les logiques de flux dans les espaces accueillant du public vont changer suite à cette crise et qu’il est donc essentiel aujourd’hui de construire une gamme qui réponde à ces attentes », commente Florent Delvart, responsable commercial Réseau France de Faber.

Des cadres en aluminium habillés non pas de textile mais d’une paroi en cristal transparent et personnalisée pour une salle de sport, un écran de protection en forme de lunette géante pour un opticien : progressivement, les équipes de Faber imaginent des aménagements modulaires qui répondent aux nouvelles contraintes hygiénistes, sans oublier pour autant un certain art de la mise en scène. « Notre bonne connaissance des matériaux est un atout et fait que nous pouvons développer de nouveaux produits extrêmement rapidement », précise Florent Delvart. De grandes chaînes de magasins, comme le spécialiste de l’électroménager Boulanger, ne s’y sont d’ailleurs pas trompées, en passant commande auprès de l’entreprise.

 

« Nous faisons le pari que les solutions de distanciation vont devenir pérennes, que les logiques de flux dans les espaces accueillant du public vont changer suite à cette crise », Florent Delvart, responsable commercial Réseau France, Faber

 

 

LE DÉFI DU VIVRE « SÉPARÉS ENSEMBLE »

 

« Notre avenir réside dans notre capacité à nous adapter et surtout à trouver des solutions pour nos clients », confirme de son côté Bruno Keppi, dirigeant de Graphik 224, entreprise spécialisée dans la décoration de magasins et de vitrines, la théâtralisation, ainsi que la communication visuelle et l’impression numérique sur tout type de supports et de formats. Parce que se protéger et protéger les autres est indispensable dans le contexte actuel, l’entreprise de Maxéville (Meurthe-et-Moselle) a conçu une gamme de PLV entièrement personnalisables, pour mettre en place des mesures barrières dans les établissements recevant du public (magasins, centres de soins, musées et administrations). Des solutions de distanciation qui concilient, là aussi, efficacité et esthétisme. « Fin 2019, nous avons diversifié notre activité en lançant une nouvelle gamme déco, avec de l’impression de papiers peints, des solutions de sol personnalisé, de la création de mobilier et des luminaires. Avec le Covid-19, de nombreuses entreprises de la région, qui avaient vu cette offre, nous ont contactés pour aménager leurs espaces. Nous avions édité un catalogue de solutions plus ou moins standard pour répondre à l’urgence du Covid-19, mais ce qu’elles voulaient, dans leur grande majorité, c’était plutôt du sur-mesure, autrement dit des aménagements qui soient à la fois efficaces et agréables à l’œil », raconte Bruno Keppi.

 

 

 

Pour un EPHAD de sa région, Graphik 224 a ainsi imaginé un salon d’accueil en carton alvéolaire, équipé d’une vitre en plexiglas. L’idée : permettre aux résidents de voir leur famille en toute sécurité, dans un décor chaleureux. Des fauteuils confortables, des impressions en trompe, de la végétation… le décor a été planté en quelques jours seulement, pour la plus grande satisfaction des résidents et de leurs familles. « Un décor que l’on a voulu le plus durable possible, l’urgence sanitaire du moment ne devant pas nous faire oublier une autre urgence toute aussi importante qu’est l’urgence climatique, d’où le choix de proposer des panneaux en Reboard, un matériau 100% recyclable », tient à préciser le dirigeant.

« Vivons heureux, vivons séparés ? » : Procédés Chénel s’est aussi posé la question, dès le début du confinement. Depuis plus de cent ans, le spécialiste des architectures de papier déploie son savoir-faire dans le monde entier, habillant les espaces de cloisons de séparation astucieuses, de luminaires personnalisables et de mobilier léger. Réalisées en différentes matières de type papier, kraft, calque ou nids d’abeille classés non feu, ses créations sont une vraie source d’inspiration pour les concepteurs du secteur de l’événementiel et de l’architecture intérieure, en quête de solutions durables et vertueuses, qui ne font pas de concession à l’esthétique. « Autant de bonnes solutions pour vivre séparés, mais ensemble », synthétise sa dirigeante, Sophie Chénel.

 

 

Photo de Une : © Médiathèque de la ville de Colombes (France), Alain Domingo Architecte, Rideaux acoustiques Lily Latifi.

 

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Journaliste, Cécile Jarry suit depuis plus de dix ans l’actualité des secteurs des industries graphiques et créatives. Responsable veille & contenu chez 656 Editions, elle collabore aujourd’hui au magazine Industries Créatives. Ses sujets de prédilection : le design durable, l'éco-conception, la personnalisation ainsi que les dernières évolutions de l'industrie.