Abonnement

The Point Newsletter

    Sed ut perspiciatis unde omnis iste natus error.

    Follow Point

    Commencez à taper votre recherche ci-dessus et appuyez sur Entrée pour rechercher. Appuyez sur Échap pour annuler.

    Packaging durable : nouvelles consignes

    Produire des packagings plus respectueux de l’environnement limite certes les impacts mais reste clairement insuffisant. Surtout si c’est pour ne rien changer à nos modes de vie. Cela revient à produire de l’électricité verte tout en continuant à consommer autant ou rouler en voiture électrique sans se demander si le modèle de la voiture individuelle ne serait pas à revoir.

    La question qui se pose aujourd’hui est celle des usages. Après avoir appris à conjuguer au présent les verbes « Réduire » et « Recycler », les professionnels de l’emballage ouvrent désormais leur Bescherelle à la page « Réutiliser ». « C’est l’un des grands défis à relever en matière d’économie circulaire des emballages : réussir à développer un système opérationnel de réemploi », indique Citeo.

    L’acteur français de la REP (Responsabilité Élargie du Producteur) s’est associé à la société de services Adelphe, spécialisée dans l’accompagnement des entreprises en matière de recyclage, pour animer le projet ReUse. Lancée en mai dernier, la démarche est ambitieuse et vise à préfigurer un dispositif de réemploi mutualisé et national pour les emballages alimentaires en grandes et moyennes surfaces.

    Enjeux, objectifs, méthodologie et interviews d’experts, on fait le point sur ce nouveau challenge et sur ses multiples implications, que ce soit au niveau industriel, marketing et sociétal.

    Cinq millions de tonnes d’emballages mĂ©nagers sont mises sur le marchĂ© et consommĂ©es chaque annĂ©e par les Français. L’alimentaire en reprĂ©sente les deux tiers. La France, qui est dans la moyenne europĂ©enne, en recycle 72 %, avec des disparitĂ©s selon les matĂ©riaux. Arrive en tĂŞte le verre, Ă  85 %, suivi du papier-carton qui se situe Ă  62 %, quand le plastique est Ă  30 %. « Peut mieux faire Â», diront certains. Oui certainement. La simplification du geste de tri mis en place en dĂ©but de l’annĂ©e, qui permet dĂ©sormais de mettre tous nos emballages dans la poubelle jaune, devrait y contribuer en fournissant des quantitĂ©s suffisantes de matĂ©riaux pour alimenter de nouvelles filières de recyclage, notamment pour les plastiques. « Le recyclage permet d’éviter 2,2 millions de tonnes d’émissions de CO2, ce qui correspond Ă  peu près Ă  1 million de voitures en moins sur les routes chaque annĂ©e. Sur les 72 %, 75 % sont recyclĂ©s en France et 25 % en Europe Â», tient Ă©galement Ă  rappeler Valentin Fournel, le directeur Éco-conception et RĂ©emploi de CITEO. « Le recyclage contribue donc Ă  rĂ©duire l’impact environnemental des emballages, mais il faut aller plus loin pour agir Ă  tous les niveaux Â», convient le spĂ©cialiste.

    La première bonne nouvelle, c’est que l’éco-conception est devenue un vrai sujet, pour les marques comme pour les industriels. La pression environnementale, la pression de la loi et surtout la pression des consommateurs ont accĂ©lĂ©rĂ© la prise de conscience. La loi fixe des objectifs ambitieux : 10 % d’emballages rĂ©employĂ©s d’ici 2027, 20 % de rĂ©duction des emballages en plastique Ă  usage unique d’ici fin 2025, dont au minimum la moitiĂ© obtenue via le rĂ©emploi, 100 % d’ici 2040.

    De plus en plus informĂ©s, les citoyens-consommateurs ont indĂ©niablement jouer leur rĂ´le. Les attentes sont fortes, les achats pas toujours raccords avec les dĂ©clarations, mais le marchĂ© s’est mis en mouvement. « De manière gĂ©nĂ©rale, nous Ă©tudes montrent que le premier critère retenu pour un emballage plus vertueux, c’est sa recyclabilitĂ©. C’est donc un Ă©lĂ©ment clĂ© Ă  prendre en compte pour les industriels. Près d’un quart des personnes interrogĂ©es vont mĂŞme plus loin et citent spontanĂ©ment la rĂ©utilisation comme levier pour mieux consommer », souligne Valentin Fournel.

    Preuve que le phĂ©nomène a gagnĂ© en maturitĂ© : le fort besoin de mutualisation formulĂ© par les acteurs du marchĂ©. « Depuis 5 ans, notre dĂ©marche d’accompagnement des industriels dans leur dĂ©marche d’éco-conception a connu un succès croissant. Nous accompagnons aujourd’hui plus de 2000 entreprises sur ce sujet Â», confirme Valentin Fournel, dont le service est passĂ©, dans le mĂŞme temps, de 4 Ă  30 personnes.

    Le « juste emballage Â», un challenge industriel, marketing et sociĂ©tal

    Après avoir passĂ© 5 ans chez Citeo, Claire Pelletier est devenue chef de projet Ă©co-conception chez YeO frais, le leader français des yaourts bio pour la grande distribution. Sa mission : faire monter en compĂ©tences l’entreprise en matière de dĂ©veloppement d’emballage, lĂ  oĂą jusqu’ici, il Ă©tait surtout question de coordination de la chaĂ®ne de production.

    « Dans l’agroalimentaire, l’emballage, et a fortiori son Ă©co-conception, n’est devenu un sujet que très rĂ©cemment car nous Ă©tions sur des produits essentiellement standards. L’évolution de la règlementation et des attentes des consommateurs changent aujourd’hui la donne et obligent les industriels Ă  monter en compĂ©tences dans ce domaine Â» contextualise Claire Pelletier. « Mais tout cela ne se fait pas en un claquement de doigts, poursuit-elle. Produits du quotidien signifient prix accessibles donc des choix industriels très structurants qui permettent d’avoir la meilleure rentabilitĂ©. Chez YĂ©O frais, on fabrique nos pots avant de les remplir. On reçoit des bobines de plastique que l’on forme, remplit et opercule directement Ă  raison de 40 000 pots /heure. On ne dĂ©crète donc pas qu’on passe d’un emballage en plastique Ă  un emballage en carton comme cela car notre emballage est la rĂ©sultante de plusieurs choix : des choix de consommation, des choix de production et des choix de distribution. Si on veut pouvoir consommer un yaourt et le conserver 10 Ă  15 jours dans son frigo, si les distributeurs veulent, quand ils le reçoivent, avoir 20 jours pour le vendre, si nous, on veut pouvoir vous le vendre quelques centimes pour que le pack soit Ă  2 euros, la solution rĂ©side dans des emballages Ă  usage unique, très lĂ©gers et en plastique. Si on veut changer cela, il faut tout revoir, de nos modes de production Ă  la façon dont on distribue. Et le consommateur a aussi son rĂ´le Ă  jouer dans cette Ă©quation ».

    La marque rĂ©gionale YOgourmand est la marque propre de YĂ©O frais et un laboratoire d’expĂ©rimentation pour Claire Pelletier en matière d’éco-conception. « YOgourmand me permet de tester de nouvelles façons de conditionner nos produits pour pouvoir ensuite les proposer Ă  nos clients distributeurs comme Carrefour ou IntermarchĂ© Â». LancĂ©e il y a quelques annĂ©es, la fontaine Ă  yaourts – 1,5 litre de yaourts, l’équivalent de 12 pots – est un de ses projets-phares. « Plus le format est familial et moins il y a d’emballage. Avec notre fontaine, nous utilisons 36 % d’emballage en moins par rapport Ă  un pack de yaourts emballĂ©s dans des pots individuels Â», indique Claire Pelletier, qui vient de dĂ©velopper, avec ses fournisseurs, une version recyclable de cette fontaine avec la suppression de la couche d’aluminium, ce qui en fait un produit 100 % recyclable.

    « Ce qui est compliquĂ©, c’est le changement d’habitude. Il faut passer le cap du premier achat.  Le point positif, c’est que les consommateurs qui ont essayĂ© notre fontaine, l’ont adoptĂ©e et d’autres marques se sont lancĂ©es depuis, donc on peut espĂ©rer que cela devienne un nouveau code de marchĂ© Â», analyse Claire Pelletier.

    Un autre de ses combats a consistĂ© Ă  travailler sur la disparition de la cartonnette qui emballe les packs de yaourts. Un vrai dĂ©fi qui a nĂ©cessitĂ© près d’un an et demi de travail et mobilisĂ© cinq services. « Vu de l’extĂ©rieur, cela peut paraĂ®tre simple Ă  mettre en place. Mais ce serait oubliĂ© le rĂ´le dĂ©terminant de cet Ă©lĂ©ment dans un packaging de yaourts, en termes de visibilitĂ© dans les rayons mais aussi de respect des obligations lĂ©gales concernant les informations Ă  faire figurer sur un packaging. Le dĂ©fi Ă©tait donc Ă  la fois industriel, marketing et Ă©conomique Â», prĂ©vient Claire Pelletier.

    « Le consommateur repère ses produits en rayon en une milliseconde. Il a ses habitudes. L’enjeu Ă©tait donc de continuer Ă  capter son regard pour l’orienter vers une solution plus vertueuse. Et ça, c’est compliquĂ©. Comment rester visible en rayon en rĂ©duisant son espace de communication ?

    On a choisi de jouer la carte de la couleur. Mais de façon gĂ©nĂ©rale, je pense que ce type d’action devrait se faire de façon globale pour qu’on reparte tous du mĂŞme niveau de visibilitĂ©. Quand on change d’emballage, on le sait, le niveau des ventes baisse. C’est un sacrĂ© pari pour une marque Â», explique Claire Pelletier.


    13 MILLIARDS D’ÉCO-CONTRIBUTION DEPUIS 1992 (source : Citeo)


    Chaque entreprise, au moment oĂą elle va mettre un produit emballĂ© sur le marchĂ©, verse Ă  Citeo, une contribution financière. Cette contribution est modulĂ©e en fonction des caractĂ©ristiques de l’emballage : un emballage plus lĂ©ger sera moins taxĂ©. Idem pour un emballage recyclable, sa contribution sera moins importante que celle d’un emballage qui ne l’est pas, etc. C’est une incitation forte

    72 %

    DES EMBALLAGES MÉNAGERS RECYCLÉS EN 2021

    13 milliards

    MONTANT DE L’ÉCO-CONTRIBUTION DEPUIS 1992

    2,2 millions

    TONNES DE EQ. CO2 ÉVITÉES EN MOYENNE PAR AN


    Un rempart contre le gaspillage

    On aura compris qu’investir des milliers d’euros dans une stratĂ©gie d’éco-conception pour finalement ne vendre aucun produit et donc avoir zĂ©ro rĂ©sultat au niveau environnemental, est Ă  tous points de vue contre-productif. « Un emballage Ă©co-conçu n’est vertueux que s’il est effectivement achetĂ©. Autrement dit, cela ne fonctionne que si le consommateur le repère en magasin et qu’il correspond Ă  un usage effectif.  On ne peut pas dĂ©corrĂ©ler cette stratĂ©gie durable d’une rĂ©alitĂ© business Â», conclut Claire Pelletier.

    « Un emballage Ă©co-conçu n’est vertueux que s’il continue aussi Ă  jouer son rĂ´le principal qui est de protĂ©ger le produit qu’il contient. C’est Ă©videmment très vrai pour l’alimentaire, mais aussi pour la cosmĂ©tique Â», complète Valentin Fournel, pointant ainsi un point essentiel Ă  ne pas perdre de vue. AllĂ©ger ses emballages, faire le choix de matĂ©riaux plus respectueux de l’environnement, oui, Ă  condition de ne pas gĂ©nĂ©rer davantage de gaspillage.  « L’équation est simple : si je gâche du produit, j’annule le bĂ©nĂ©fice environnemental de mon packaging responsable Â», souligne Valentin Fournel. « Aujourd’hui, on gaspille 30 % de ce qui est produit dans le monde. L’emballage est un des leviers pour Ă©viter ce gaspillage Â».

    ©SAVETHEFOOD.COM

    Faire du réemploi une réalité opérationnelle à l’échelle nationale

    Si l’éco-conception est un des leviers majeurs pour tendre vers une économie plus circulaire des emballages, il n’est pas le seul. Le réemploi s’impose cette année, dans les discours et les actes, comme l’un des grands défis à relever, avec une accélération très nette des initiatives industrielles et le déblocage de budgets conséquents. La secrétaire d’État chargée de l’Écologie, Bérangère Couillard, a ainsi annoncé qu’un système de consigne pour les emballages en verre serait mis en place d’ici deux ans. Une annonce qui concerne les pots et les bouteilles.

     Â« PrĂ©emballĂ©, recharge et vrac, ces usages et modes de commercialisation entrent dans la dĂ©finition du rĂ©emploi qui challenge aujourd’hui fortement tous les acteurs Ă©conomiques et industriels Â» rappelle de son cĂ´tĂ© Citeo. L’acteur français a engagĂ© au printemps le projet ReUse qui vise Ă  dĂ©velopper un système opĂ©rationnel de rĂ©emploi Ă  l’échelle nationale. Sa stratĂ©gie s’articule autour de trois axes : apporter de la connaissance au travers d’études et d’expĂ©rimentations, accompagner les entreprises clientes de Citeo et d’Adelphe dans le dĂ©ploiement d’études, d’expĂ©rimentations, d’investissements et de campagnes grand public et co-construire des systèmes de rĂ©emploi. Un appel Ă  projets dotĂ© de 50 millions d’euros a Ă©tĂ© ouvert, les financements pouvant aller jusqu’à 70 % et 2,5 millions d’euros par projet.

    « Pour faire du rĂ©emploi une rĂ©alitĂ© opĂ©rationnelle au niveau national, nous travaillons main dans la main avec les marques et les distributeurs. C’est une dĂ©marche d’intelligence collective qui vise Ă  rassembler les parties prenantes du rĂ©emploi, avec un comitĂ© de pilotage composĂ© de Citeo et d’acteurs engagĂ©s dont font partie Andros, Biocoop, Carrefour, Coca-Cola, Danone, Ecotone, Heineken, IntermarchĂ©, Leclerc, NestlĂ© Waters, Système U ainsi que l’association RĂ©seau vrac et rĂ©emploi Â», dĂ©taille Valentin Fournel.

    Une offre complémentaire à l’usage unique

    « Le rĂ©emploi est une offre complĂ©mentaire Ă  l’offre de l’usage unique qui doit progressivement se dĂ©velopper dans notre quotidien. Mettre en commun nos compĂ©tences, identifier les synergies possibles et construire ensemble un modèle Ă©quilibrĂ© Ă©conomiquement, Ă©cologiquement et qui gĂ©nère l’adhĂ©sion des consommateurs fait sens Â», tĂ©moigne Caroline Missika, la directrice des affaires publiques, de la communication et de la RSE de la marque Heineken.

    « Chez Coca-Cola, le rĂ©emploi est dĂ©jĂ  une rĂ©alitĂ©. Notre gamme est intĂ©gralement composĂ©e de bouteille en verre consignĂ©es pour le segment des CafĂ©s HĂ´tels Restaurants. Nos bouteilles sont utilisĂ©es 25 fois au travers de 230 millions d’actes de consommation annuels. Nous menons par ailleurs des expĂ©rimentations en grande distribution dans une soixantaine de points de vente, en ĂŽle-de-France, en Alsace et Ă  Nantes. L’initiative ReUse va permettre de continuer les rĂ©flexions sur la prĂ©figuration d’un passage Ă  l’échelle avec des emballages propriĂ©taires qui seront complĂ©mentaires des emballages standardisĂ©s mutualisĂ©s sectoriels Â», confie, de son cĂ´tĂ©, Olivier Larose, le directeur du dĂ©veloppement durable de Coca-Cola Europacific Partners. En 2022, le passage au consignĂ© a permis Ă  Coca-Cola d’éviter la production de 18 millions de bouteilles en verre Ă  usage unique. On parle de 70 millions de bouteilles en 2023.

    La consigne pour rĂ©emploi se dĂ©veloppe aussi dans les magasins Biocoop, en partenariat avec des fournisseurs et des acteurs locaux du rĂ©emploi. « Pour que le rĂ©emploi soit intĂ©ressant, il faut que le bilan environnemental global soit positif, la bouteille en verre ne doit pas parcourir des centaines de kilomètres pour ĂŞtre lavĂ©e ! Nous travaillons donc avec des opĂ©rateurs locaux qui se chargent du lavage et de la collecte de ces contenants aux producteurs. Les plus implantĂ©s sont « Bout Ă  Bout » dans les Pays de Loire, « Alpes Consigne » en Isère, « Rebooteille » dans le RhĂ´ne et « Ma bouteille s’appelle reviens » en DrĂ´me Ardèche Â», indique l’enseigne. En janvier 2023, 291 Biocoop avaient intĂ©grĂ© des points de collecte, soit 38 % des magasins de la coopĂ©rative.

    Agilité versus standardisation

    Sur le terrain, les initiatives fleurissent. Mais un dispositif national et optimisĂ©, Ă  terme, cela donnerait quoi ? Citeo parle d’un volume d’emballages rĂ©employables de 900 millions d’UnitĂ© de Vente Consommateur (UVC), de 15 200 points de rĂ©cupĂ©ration et de collecte embarquĂ©s, composĂ©s de la plupart des canaux de distribution agro-alimentaire, de 20 centres de tri et de lavage partout en France et d’un système de collecte optimisĂ© par un mix de tournĂ©es dĂ©diĂ©es et de trajets massifiĂ©s entre les points de collecte et les centres de tri et de lavage.

    « Tout cela ne fonctionnera bien sĂ»r que par une adoption forte du rĂ©emploi par les citoyens consommateurs qui permettrait d’obtenir un taux de retour de 95 % des emballages rĂ©employables Â», prĂ©cise Valentin Fournel. Ce qui n’est pas le moindre des chantiers dans la mesure oĂą cela engendre un changement majeur des modes de consommation. « Notre mission est dĂ©sormais de crĂ©er les conditions pour que cela marche et donc de travailler avec toutes les parties prenantes, y compris les bailleurs sociaux et les cuisinistes, afin d’accompagner cette Ă©volution des usages Â», confie Valentin Fournel.

    Pour l’instant, les premiers emballages standards ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s en collaboration avec des verriers qui se sont engagĂ©s Ă  les produire. Le 3 octobre prochain se tiendra la deuxième journĂ©e d’échanges du projet ReUse. Au programme : le partage avec l’ensemble des parties prenantes des premières orientations et leviers d’action identifiĂ©s pour le lancement Ă  horizon 2024 d’un modèle de rĂ©emploi opĂ©rationnel.

    Et demain ? Quel avenir pour les professionnels du packaging ? « L’agilitĂ© sera la clĂ©. Le rĂ©emploi une des solutions avec l’éco-conception et le recyclage  Â», rĂ©pond Claire Pelletier. « L’emballage du futur sera adaptĂ© Ă  chaque mode de consommation, de distribution et d’usage. Adapter mon emballage Ă  mon consommateur, voilĂ  le credo. Ce qui va Ă  l’inverse de la standardisation actuelle certes, mais en termes de durabilitĂ©, cela peut fonctionner Â», prĂ©dit Valentin Fournel.

    Photo de Une : ©Citeo


    Une bouteille plus légère chez Pernod Ricard


    Marque patrimoniale de Pernod Ricard, la Maison Lillet multiplie les actions pour réduire son impact sur l’environnement. Une démarche éco-responsable qui s’inscrit dans la stratégie globale du groupe français qui œuvre au quotidien pour créer une filière des vins et spiritueux plus durable et plus vertueuse.
    En 2021, la Maison Lillet a ainsi été désignée lauréate du concours Millésime Adelphe pour son projet d’éco-conception global de son packaging. Plusieurs actions ont été engagées sur l’ensemble des éléments constituant l’emballage : la bouteille, le carton et l’étiquette.
    La bouteille a Ă©tĂ© allĂ©gĂ©e, passant de 600 g Ă  490 g, ce qui a permis d’économiser 1 540 tonnes de verre Ă©conomisĂ©es sur une annĂ©e. Elle comprenait par ailleurs 35 % de verre recyclĂ©, contre 23 % auparavant. 

    Le carton était en 100 % recyclé, certifié FSC. Les croisillons ont été supprimés dans le format 6 bouteilles, le plus utilisé, ce qui a permis d’économiser 74 tonnes de matière. La marque a aussi choisi de passer d’un testliner blanc à un écru, plus vertueux car dénué de traitement à la chlorine.
    La taille de l’’étiquette a été réduite de 7 %n ce qui a généré une économie de 14 000 m² de papier, et le choix s’est porté sur une étiquette biosourcée, engendrant une réduction de l’empreinte carbone de 63 %. La dorure de la contre-étiquette a également été supprimée, soit 160 440 m² de film de dorure économisés, ce qui équivaut à 3 tonnes de matériau en moins.
    Le volume de vente concerné correspondait à une année de production, soit 14 millions de bouteilles dont 800 000 bouteilles en France. L’allègement du packaging a permis de réduire l’impact CO2 en termes de transport, avec une économie de 110 000 km/an et une réduction de près de 8 % des émissions de CO2, soit 222 tonnes CO2eq. /an.

    Une fontaine chez L’Occitane


    Depuis 2018, la marque L’Occitane s’est engagée à réduire son empreinte plastique, malgré une activité en croissance. Pour y parvenir, elle mène plusieurs initiatives de front : la suppression des cellophanes sur ses produits, le remplacement de deux millions de spatules en plastique (fournies avec certains produits ou en magasin) par un équivalent en carton depuis 2020, ou encore le déploiement de son offre d’éco-recharges lancée en 2008, 26 références proposées aujourd’hui. Ces recharges représentent en moyenne 80 % de plastique en moins que l’emballage original, soit environ 200 tonnes économisées chaque année.

    Depuis 2020, elle dĂ©ploie Ă©galement un nouveau concept de fontaine. La 100ème fontaine a Ă©tĂ© installĂ©e Ă  Paris, en septembre 2022. Le principe : proposer cinq produits phares de la marque en vrac. Sur la fontaine, un module de dĂ©sinfection permettant de nettoyer les flacons Ă  la lumière pulsĂ©e avant remplissage permet de prĂ©server l’intĂ©gritĂ© des produits. Pour utiliser cette solution, le client doit acheter un flacon en aluminium 100 % recyclĂ© et recyclable et le remplir avec l’aide des conseillers. Le remplissage d’un flacon permet de rĂ©duire les dĂ©chets plastiques de 94 % par rapport Ă  une bouteille conventionnelle. En une annĂ©e, l’utilisation de quelque 10 000 flacons Ă  usage unique a ainsi pu ĂŞtre Ă©vitĂ©e. « Le concept des fontaines est un investissement Ă  long terme. Il a aussi pour vocation de faire Ă©voluer les mentalitĂ©s des consommateurs Â», indique L’Occitane.

    Un flacon pour la vie
    chez Essential Parfums


    En 2018, Essential Parfums innovait en créant une première ligne de parfums éco-responsables, où chaque fragrance était signée par un grand nom de la parfumerie française mais proposée dans un flacon au design minimaliste pour laisser la vedette au jus et à son parfumeur.

    GĂ©raldine Archambault, fondatrice de la marque, avait dès l’origine jetĂ© son dĂ©volu sur le flacon Gala dans un format unique de 100 ml. DessinĂ© par Coverpla, il est fabriquĂ© par Ie verrier italien Luigi Bormioli. Dans cette optique d’éco-conception chère Ă  la maison, les 8 fragrances de la collection mutent Ă  prĂ©sent vers un flacon que la crĂ©atrice souhaite « rechargeable Ă  l’infini ». C’est ainsi qu’est nĂ© le nouveau Gala 100 ml dotĂ© d’un col Ă  vis. Coverpla en a pilotĂ© le dĂ©veloppement industriel avec son partenaire verrier Bormioli Luigi. Une sĂ©rie de recharges alu en 150 ml a Ă©tĂ© créé pour l’occasion.

    Un coffret mono matériau pour la maison de Champagne Mailly Grand Cru


    SĂ©bastien Moncuit, chef de cave au sein de la maison de Champagne Mailly Grand Cru voulait initier une dĂ©marche Ă©thique pour ses nouveaux coffrets en abandonnant la traditionnelle cale PP au profit d’un matĂ©riau plus noble mais tout aussi robuste. Il a optĂ© pour une cale en pulpe moulĂ©e de chez Fedrigoni. Soumise Ă  un sĂ©vère cahier des charges, la cale a fait l’objet de multiples maquettes et essais. Des moules prototypes en 3 D ont permis d’anticiper la fabrication de l’outillage dĂ©finitif. Une Ă©paisseur de 7 mm offre Ă  la structure une rĂ©sistance optimale. La cale reçoit la bouteille dans une jolie forme galbĂ©e dont le rebord, opĂ©rant un lĂ©ger frottement, participe Ă  la fermeture et au maintien du coffret dans son ensemble. Un resserrage au niveau de la collerette et des ergots en fond de cale assurent une position parfaite de la bouteille et de son Ă©tiquette en position haute. Des jupes latĂ©rales calculĂ©es au millimètre ajoutent au maintien de la structure. Les Cartonnages Bes ont Ă©galement mis toute leur expertise dans ce projet, des tests maquettes Ă  la rĂ©alisation des coffrets.

    Totalement inédit dans l’univers du champagne, ce concept de cale en cellulose doit sa réussite à la collaboration partenariale qui s’est installée entre les différentes parties prenantes. Pour sa part, Fedrigoni a agi en apporteur de solution autant qu’en partenaire d’innovation. Ce développement d’un coffret monomatériau recyclable en un seul geste, s’inscrit parfaitement dans la démarche « Plastic to paper » que promeut le groupe italien.

    Cécile Jarry est journaliste pour IC Le Mag.