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Décoration imprimée : le nouveau terrain de « je »

Porté par le phénomène de la personnalisation, le marché de la décoration imprimée, aujourd’hui estimé à 16,7 milliards d’euros, devrait enregistrer une croissance annuelle de 5 % d’ici à 2023. Hôtellerie, restauration, retail, espaces de travail, santé, éducation, BtoC : aucun secteur n’y échappe. Derrière ce mouvement se cache une révolution technologique : celle de l’impression numérique. Petites séries, multiplication des supports imprimables, effets de texture et de matières, rapidité de production : en passant de l’analogique au numérique, le monde de l’impression s’est affranchi de nombreuses contraintes et a ouvert la voie à la « fast-déco ».

Tout (ou presque) est désormais réalisable. Pour autant, tout le monde n’est pas en mesure de le faire. Créer le dialogue entre création et technique représente donc un enjeu majeur. Architectes, designers, agences, marques, fournisseurs de matériels et de supports d’impression et imprimeurs doivent donc travailler en étroite collaboration, pour faire grandir un secteur dont le potentiel est immense.

C’est un marché qui ne cesse de grandir. D’après l’étude « The Future of Decorative Printing to 2023 » du cabinet Smithers Pira, le marché de la décoration imprimée, estimé à 16,7 milliards d’euros en 2018, devrait enregistrer une croissance annuelle de 5 % d’ici à 2023. Un « boom » porté par le phénomène de la personnalisation, auquel aucun secteur n’échappe. À l’heure d’AirBnb et des sites d’avis de consommateurs, hôtels et restaurants misent sur la décoration pour se démarquer. Face à la concurrence du e-commerce, les boutiques physiques renouvellent leurs intérieurs aussi vite que leurs collections, pour faire vivre aux clients une expérience. Répondant aux besoins du bien-être au travail et déclinant leur image de marque jusque dans leurs propres locaux, les entreprises réaménagent leurs bureaux et se piquent de signalétique décorative. Rompant avec les méthodes traditionnelles, hôpitaux et écoles utilisent la décoration imprimée pour ses vertus thérapeutiques et éducatives. Enfin, à l’heure d’Instagram, le grand public cherche à tout prix à prouver sa singularité en personnalisant ses intérieurs.

 

UN CONTEXTE FAVORABLE

« Je décore donc je suis ! ». Si cet aphorisme traduit aujourd’hui une réalité économique, c’est en grande partie grâce au progrès d’une technologie : l’impression numérique. Petites séries, multiplication des supports imprimables, effets de texture et de matières, rapidité de production : en passant de l’analogique au numérique, le monde de l’impression s’est affranchi de nombreuses contraintes et a ouvert la voie à la « fast-déco ». « En matière de décoration, l’impression numérique permet des process très courts. Auparavant, pour faire un rideau en 13 couleurs, il fallait 13 têtes d’impression, soit près de 7 heures de calage machine. Il fallait donc produire des milliers de mètres carrés pour être rentable », explique Igor Gadreaud, directeur commercial et marketing France pour le constructeur de matériel d’impression Mimaki Europe.

©Neodko

« Nous sommes dans un contexte très favorable pour l’impression numérique. Le système économique du standard atteint ses limites. Il faut trouver des ouvertures et la plus concrète, c’est la personnalisation. Même des acteurs comme Ikea cherchent aujourd’hui des solutions d’impression à la demande pour customiser leur mobilier, afin de permettre aux consommateurs de s’exprimer pleinement sur la décoration intérieure, confirme Marie Paya, responsable marketing chez l’imprimeur AGG Print. Dans le même temps, les fabricants de matières s’adaptent aux nouveaux besoins du marché, en proposant aux imprimeurs des produits adaptés et très qualitatifs, en termes de durabilité, de rendu et de respect des normes. Aujourd’hui, les designers et architectes sont en recherche de matière et d’esthétique. Quand, avant, on utilisait des adhésifs lisses, on va désormais se tourner vers des adhésifs texturés, du textile ou encore du papier peint, etc. ». Grâce à l’impression numérique, tout (ou presque) est désormais réalisable. Pourtant, clients finaux et prescripteurs ne le savent pas toujours.

 

UN ÉCOSYSTÈME EN CONSTRUCTION

« Depuis un peu plus de deux ans, nous avons développé une gamme de produits qui répond aux besoins des designers, des architectes d’intérieurs, des professionnels de l’aménagement commercial et des marques, explique Agnès Lafarge, directrice marketing de la division Communication Visuelle chez Antalis International, leader européen de la distribution de papiers, d’emballages et de produits de communication visuelle. Mais à force de parler à ces créatifs, nous nous sommes rendus compte qu’ils ne connaissent pas l’étendue du champ des possibles liée aux nouvelles technologies d’impression numérique grand format, notamment en matière de diversité des supports et de finition ».

©Ruth Crone Foster – Antalis

Le groupe a donc lancé, en 2017, le concours Antalis Interior Design Awards*, qui offrait  aux professionnels de la décoration intérieure (designers, architectes d’intérieurs, imprimeurs) l’opportunité de montrer leurs talents, en soumettant un projet réalisé ou un avant-projet 3D utilisant un ou plusieurs supports imprimables de la gamme Coala, distribuée par Antalis. Habitat, retail, hôtellerie, ERP (établissements recevant du public), bureaux et restauration : pas moins de 341 projets ont été soumis et 9 lauréats récompensés. « Notre rôle, au travers de ce concours, c’est de créer une communauté internationale, réunissant des imprimeurs, fournisseurs de supports, designers, retailers et marques, de faire en sorte que ces gens se connaissent et se parlent, poursuit Agnès Lafarge. Bien souvent, clients finaux et prescripteurs ne savent pas vers qui se tourner pour réaliser leurs projets. Nous avons donc constitué un réseau d’imprimeurs spécialisés dans la décoration, qui possèdent une expertise, sélectionnés selon une charte avec des critères qui garantissent leur capacité à répondre aux besoins de ce marché ».

* La deuxième édition du concours Antalis Interior Design Awards sera lancée le 1er octobre 2019.

 

CRÉATION INTERNALISÉE OU COLLABORATIONS EXTERNES

Car la décoration est un marché qui ne s’aborde pas par opportunisme, mais avec une stratégie élaborée. « Pour les imprimeurs, la décoration nécessite une approche différente. C’est un marché qui oblige à changer de business management », assure Sophie Dégardin, manager France de la division Impression Grand Format chez le constructeur HP. Certains imprimeurs ont ainsi décidé de constituer des équipes dédiées à la création et au design. C’est le cas, par exemple, chez Exhibit Group, qui propose des services de création et de conception, en amont de ses expertises artisanales et industrielles, avec une direction artistique et un bureau d’étude intégrés. Conseil stratégique, identité visuelle, conception 3D, plans techniques, prototypage et conseil à la mise en œuvre font partie de l’offre du groupe, au même titre que l’exécution, les déclinaison graphiques, le pilotage et le suivi de production.

Cette stratégie d’internalisation est également celle de l’imprimeur ATC Groupe, spécialiste de la signalétique décorative, et qui s’est doté, depuis 2013, d’un « pôle design ». Aujourd’hui constitué de trois personnes, ce pôle offre un travail de veille des tendances, de sourcing de matériaux, de support technique et, bien sûr, de création. « La signalétique n’est pas seulement pratique, elle occupe aussi une fonction décorative. De nombreuses entreprises souhaitent aujourd’hui intégrer la signalétique dans leur parcours architectural, explique Audrey Fonterme, designer et directrice du pôle. Les architectes sont nos clients et nos alliés. Nous travaillons main dans la main avec eux, parfois très en amont ». Etude des flux, recherche iconographique, création et réalisation : grâce au pôle design intégré d’ATC, les architectes ne travaillent qu’avec un seul interlocuteur, qui dispose des compétences créatives et techniques. « Le pôle est le traducteur des envies du client vers l’atelier. Nous parlons le même langage que les marques, mais nous comprenons aussi celui des techniciens. Nous sommes, en quelque sorte, un dictionnaire réversible », analyse Audrey Fonterme. Six ans après sa création, 30 % de l’activité du groupe provient directement du pôle design qui, parfois, est même sollicité uniquement sur de l’appel d’offres créatif.

©ATC

D’autres prestataires en revanche, ont choisi une autre voie pour aborder ce marché. Chez AGG Print, pas de pôle créatif en interne. « Nous avons fait le choix de rester sur notre expertise métier et de créer des synergies entre les différentes compétences de notre écosystème, en créant un nouvel espace, baptisé La Source », explique Marie Paya. Inaugurée début 2019, la Source est un showroom de 300 m2, dédié à la mise en scène d’applications et à la présentation d’innovations. « La Source est un showroom dynamique, qui va évoluer en permanence pour refléter en temps réel tous les savoir-faire de l’entreprise. Pour nos clients, c’est un lieu d’inspirations, où ils peuvent toucher les matières, tester nos créations lumineuses… et repartir avec des idées pour leurs projets, précise Marie Paya. Et s’ils veulent aller plus loin, nos ateliers sont de l’autre côté du couloir ». Et cette effervescence créative, AGG Print la décline de manière encore plus forte, en associant à son showroom un espace de coworking où sont regroupées plusieurs spécialistes des domaines de la photographie et du design graphique, d’objet et d’espace.

 

DES MODÈLES ORIGINAUX

Enfin, certains ont choisi d’associer la maîtrise des techniques du numérique et de quelques métiers artisanaux, comme Muzéo, entreprise du patrimoine vivant (EPV) spécialisée dans la reproduction d’œuvres d’art. Dans l’atelier, graphistes, designers, iconographes et scénographes ont la possibilité de travailler avec les plus grands (Vermeer, Klimt, Léonard de Vinci, etc.) pour imaginer des mises en scène d’espace uniques et personnalisées.

Grâce à des partenariats tissés depuis plus de dix ans avec de grandes institutions culturelles comme la Bibliothèque Nationale de France ou la Réunion des Musées Nationaux, Muzéo a accès à des fonds d’images exceptionnels. La personnalisation se joue sur le support utilisé, le format, l’encadrement… À la réalisation : des imprimeurs, des tireurs d’art, des ébénistes, des encadreurs, soit une quarantaine de collaborateurs, en comptant l’équipe commerciale.

©Muzeo

A ce jour, plus de 1000 clients professionnels, dans plus de 20 pays, ont signé un projet avec Muzéo. Parmi eux : des boutiques de luxe, pratiquement toutes les grandes chaînes hôtelières, ainsi que de grands noms du design, dont Philippe Stark ou Jean-Philippe Nuel. « Nous travaillons sur des projets uniques, avec d’importants travaux préparatoires. Nos meilleures armes sont les émotions que l’on suscite, la qualité de notre création et notre capacité à gérer un projet de A à Z dans le monde entier », confie Éric Angiboust, président de Muzéo.

 

LES INDUSTRIELS S’Y METTENT AUSSI

Mais la décoration imprimée n’est pas qu’une affaire d’imprimeur. « Les industriels s’équipent aussi de matériel d’impression numérique, décrypte Sophie Dégardin. C’est notamment le cas dans le secteur du revêtement de sols. Tous les grands acteurs s’y sont mis, car ça leur permet de faire des petites séries personnalisées ». Illustration avec Forbo Flooring Systems. En début d’année, le célèbre designer Philippe Starck a signé une nouvelle collection de sols textile personnalisés pour l’acteur international du revêtement de sol souple. Une collection 100 % imprimée, destinée aux prescripteurs.

Grâce à l’utilisation de l’impression numérique, la collection « Flotex by Starck » décline trois univers de motifs inédits. Chacun s’étend sur une largeur de dix mètres, avec un motif central de deux mètres de large qui se poursuit de chaque côté, avec ce même motif fondu dans un effet de dégradé, lequel se prolonge ensuite par un motif faux-uni, dans la même tonalité coloristique.

©Sophie Delaporte

Une tendance qui se vérifie également sur d’autres segments de marché. Spécialiste du verre trempé pour l’habitat et l’industrie, l’entreprise Verrissima a choisi d’intégrer, voilà sept ans, une activité d’impression numérique, afin de pouvoir personnaliser en interne ses produits en verre (crédences, plans de cuisson, portes, fonds de douche, plans de vasque). Enseignes, entreprises, hôtels et restaurants font appel au savoir-faire du groupe lorrain, qui réalise désormais près de 25 % de son chiffre d’affaires grâce à ses verres imprimés. Mais si les modèles diffèrent en fonction des acteurs, un élément commun ressort des stratégies : tous ont consenti à des efforts d’investissements en termes de compétences. Une clé indispensable pour imprimer sa marque sur le marché de la décoration.

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