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Les « palissades à vivre » d’Artchantiers

Pionnières de la communication de chantier, Geneviève Beuchon et Anne le Breton ont fait d’ARTCHANTIERS un acteur incontournable de ce secteur dynamique, mais en quête de sens. Sur un marché où la communication très grand format s’est beaucoup développée, les dirigeantes prônent une communication à hauteur d’hommes, où l’innovation permet d’apporter plus de valeur ajoutée à ces espaces en transition. Une philosophie mise en pratique sur un projet d’envergure – la construction du futur siège de BNP Paribas Real Estate sur un ancien site Renault, à Boulogne-Billancourt – pour lequel Artchantiers a créé une étonnante « palissade à vivre ».

Face à l’Ile Seguin, à Boulogne-Billancourt, elle déploie depuis l’été dernier ses 45 mètres de long, sur tout le linéaire de la future place Georges Besse. Elle, c’est la « palissade à vivre », imaginée par Artchantiers pour habiller le chantier « Métal 57 », un projet immobilier de 37 000 m2 bâti sur un ancien site emblématique des usines Renault, duquel doit sortit le futur siège de BNP Paribas Real Estate. « Il s’agit d’une lieu chargé d’histoire, pour lequel les riverains se sont battus, notamment afin de protéger les sheds, ces toitures en V typiques des sites industriels, explique Geneviève Beuchon, co-fondatrice de la société Artchantiers. BNP voulait une palissade de chantier innovante, pas une communication classique ».

 

UN TERRITOIRE RENDU AU PUBLIC

Spécialiste de la communication de chantier depuis plus de trente ans, Artchantiers répond à l’appel d’offres avec sa « palissade à vivre » : une enveloppe qui ceinture le chantier et qui permet une interaction avec la ville, grâce à des alcôves ludiques rappelant les sheds de l’ancien site industriel et permettant aux piétons de se reposer, de s’abriter, de s’immerger dans un décor du passé (les usines Renault) ou du futur (le siège BNP), et même d’écouter une histoire sortie des murs grâce à un système sonore déclenché par le toucher ! « Il s’agit d’un territoire en transition, qui a été balisé pour un chantier, mais que l’on peut rendre au public, estime Geneviève Beuchon. On recrée du mobilier urbain là où il tend à disparaître. Il faut aussi de l’innovation technologique, mais qui soit au service de l’humain ».

 

« Nous ne sommes pas une agence classique. Notre métier est à mi-chemin entre la création graphique et les métiers du bâtiment », Anne le Breton, co-fondatrice d’Artchantiers

 

Véritable maître d’œuvre, Artchantiers a fait valoir toute son expertise pour mener à bien ce projet, destiné à rester 24 mois. « Nous ne sommes pas une agence classique, précise Anne le Breton, co-fondatrice. Nous connaissons parfaitement les contraintes d’un chantier – la sécurité, les conditions climatiques, les accès – ce qui nous permet d’être une interface entre le maître d’ouvrage, les prestataires du chantier et le public. Notre métier est à mi-chemin entre la création graphique et les métiers du bâtiment ».

© Artchantiers

 

UNE PALISSADE SONORE !

Un savoir-faire qui a permis à Artchantiers de concevoir et réaliser sa palissade en un mois seulement ! « Heureusement, nous travaillons avec des partenaires de confiance depuis très longtemps », révèle Anne le Breton. La fabrication de la structure a été confiée à la société Arnholdt Echafaudages, tandis que les adhésifs qui recouvrent la palissade ont été imprimés par BS2i, spécialiste de l’impression numérique grand format, et posés par l’entreprise Versant. Enfin, la sonorisation des alcôves a été réalisée par Life Design Sonore (LDS), agence de design sonore basée à Limoges, qui a développée une technologie de diffusion du son sans fil et tactile, baptisée New’ee®, utilisant un principe unique de méca-acoustique vibratoire (mise en vibration de la matière) lui permettant de s’intégrer directement dans la paroi.

« Cette dimension sonore est une première en communication de chantier. Le son n’est pas intrusif, mais volontairement déclenché en tactile par l’utilisateur, qui peut ainsi avoir accès à du contenu, évolutif, sans être noyé par du texte, explique Geneviève Beuchon. Cette communication, adaptée aux malvoyants, crée un véritable univers. LDS a utilisé des archives sonores de Renault, notamment des bruits de chaînes de montage, réalisé une interview de l’architecte, et créé des mises en scène sonores pour faire vivre le futur bâtiment, qui sera ouvert au public ». De quoi appréhender le chantier, pour les acteurs du quartier ou les gens de passage, avec plus de sérénité et un état d’esprit positif.

« La communication très grand format et notamment les bâches imprimées se sont beaucoup développées dans l’habillage de chantier, car elles offrent une très forte visibilité. Mais nous souhaitons nous concentrer sur les palissades, qui permettent une communication à hauteur d’hommes, avec des messages différents et des informations qui sont mieux perçues par un public plus réceptif, analyse Geneviève Beuchon. Et pour faire des réalisations qui ont du sens, le fond et la forme doivent être raccord ». Avec ses palissades à vivre, Artchantiers a, semble-t-il, trouvé la bonne formule.

DU STREET-ART À L’IMPRESSION NUMÉRIQUE

Diplômées des Beaux Arts, Geneviève Beuchon et Anne le Breton travaillent sur l’esthétique de chantiers depuis 1986, date à laquelle elles fondent leur agence, Artchantiers. « Au départ, nous travaillions en street-art grand format, rappelle Anne le Breton. C’était une manière de nous exprimer publiquement sur des supports extérieurs et il s’agissait des tous premiers habillages de palissades de chantier ». Pionnières, les deux artistes travaillent pendant dix ans avec de la peinture. « On fonctionnait comme un atelier de décor de théâtre. On bossait au sol, avec une équipe de 15 peintres, se souvient Geneviève Beuchon. On louait des ateliers de maintenance SNCF pour pouvoir travailler ».

Dans la seconde moitié des années 1990, Artchantiers bascule de la peinture vers l’impression numérique grand format. Le métier se tourne alors vers la communication et l’esthétique de chantier. « Un chantier, c’est toujours un trauma, une perte de repères pour les riverains, analysent les fondatrices. Il faut travailler à réduire les nuisance et à créer du lien avec le territoire et ses habitants ». Les dirigeantes d’Artchantiers, qui travaillent en binôme sur les créations graphiques, gèrent aujourd’hui une trentaine de projets par an.

Journaliste spécialisé dans le domaine des industries graphiques, Florent Zucca est rédacteur en chef du magazine IC LE MAG / Industries Créatives, où il analyse les opérations de personnalisation menées par les marques en matière de retail, de packaging, de décoration et de communication. Diplômé de l’ISCPA Lyon (Institut Supérieur de la Communication, de la Presse et de l’Audiovisuel), il a auparavant travaillé, pendant près de dix ans, dans la presse économique.