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Décoration : on refait le film !

Il n’a jamais été aussi facile de personnaliser un espace. Après le grand retour du papier peint et la démocratisation des murs en toile tendue, c’est l’adhésif qui monte au front. Et il ratisse large. Rares sont les fabricants à ne pas proposer aujourd’hui une collection de films architecturaux pour personnaliser murs, sols, vitres et même mobilier. En 2020, les possibilités qui s’offrent aux designers sont quasi infinies.

Les stickers avec lesquels on décorait nos murs au début des années 2000 ont bien évolué. Les petites figurines en vinyle, aussi originales soient elles, ont laissé la place à de véritables fresques. Des fresques aux effets parfois tellement réalistes que l’on se laisse surprendre. Signe des temps, « aux Etats-Unis, une grande chaîne d’hôtels de luxe a refait toutes ses portes de chambre avec des vinyles impression bois, raconte un fabricant de films adhésifs. Une opération gagnant-gagnant, puisque les clients n’y ont vu que du feu et que la transformation n’a pris que très peu temps ».

Face au renouveau du papier peint et à la démocratisation des murs en toile tendue, les fabricants d’adhésifs sont sur les rangs pour avoir droit, eux aussi, à leur part du gâteau. Un gâteau plus qu’appétissant… Si l’on en croit les chiffres de l’étude The Future of Decorative Printing to 2023 du cabinet Smithers Pira, le marché de la décoration imprimée, estimé à 16,7 milliards d’euros en 2018, devrait en effet enregistrer une croissance annuelle de 5 % d’ici à 2023. Un « boom » attendu auquel aucun secteur n’échappe. À l’heure d’AirBnb et des sites d’avis de consommateurs, hôtels et restaurants misent sur la décoration pour se démarquer. Face à la concurrence du e-commerce, les boutiques physiques deviennent des lieux instagrammables et renouvellent leurs intérieurs aussi vite que leurs collections, pour faire vivre aux clients une expérience. Répondant aux besoins du bien-être au travail et déclinant leur image de marque jusque dans leurs propres locaux, les entreprises réaménagent leurs bureaux et se piquent de signalétique décorative. Rompant avec les méthodes traditionnelles, hôpitaux et écoles utilisent la décoration imprimée pour ses vertus thérapeutiques et éducatives. Enfin, à l’heure d’Instagram, le grand public cherche à tout prix à prouver sa singularité en personnalisant ses intérieurs.

 

« Il y a deux ans encore, les designers étaient frileux par rapport au support adhésif. Aujourd’hui, le coût et la facilité d’usage de nos produits commencent à porter leurs fruits et nos supports font désormais partie des médias préconisés par les architectes », Marine Guelaia, business manager development Décoration, Hexis

 

©Arlon

« La décoration n’est plus un marché de niche pour les fabricants d’adhésifs. Les quantités produites restent, certes, bien inférieures à celles destinées au marché du covering de véhicules, mais il est indéniable que c’est un secteur en plein développement, sur lequel nous nous devons d’être », confirme Alexis Courtois, business development manager France, Espagne et Portugal pour le groupe Arlon. Le fabricant sort cette année sa première collection de films vinyles dédiés à la décoration, pour personnaliser murs et vitrages en intérieur, comme en extérieur. « Il s’agit d’une vraie gamme, puisque nous déclinons 160 supports dès le lancement. Nous mettons l’accent sur les propriétés techniques de nos films, qui ne se déforment pas pour que les visuels imprimés conservent leurs bonnes proportions. Nous proposons aussi des colles adaptées, en fonction des supports à personnaliser, afin d’optimiser l’étape cruciale de la pose ».

LA DÉMOCRATISATION DES USAGES

« L’adhésif est arrivé chez les peintres en lettres à la fin des années 1980, avec les premières machines de découpe. Puis, l’impression numérique s’est développée et les peintres en lettres sont devenus des imprimeurs. Les premiers stickers adhésifs pour la décoration sont apparus dans la foulée et ont grignoté le marché des peintres en décor, se souvient Anthony Plessis, gérant de l’agence Acte Déco, spécialisée dans la personnalisation d’espaces. Aujourd’hui, on n’a que l’embarras du choix en termes de solutions à proposer à nos clients. L’heure est désormais à la démocratisation de toutes ces nouvelles propositions ». « Nous n’en sommes en effet qu’au début, confirme Marine Guelaia, business manager Development Décoration chez le fabricant Hexis. Il y a deux ans encore, les designers étaient frileux par rapport au support adhésif. Aujourd’hui, des arguments comme le coût, mais aussi la facilité d’usage de nos produits, commencent à porter leurs fruits et nos supports font désormais partie des médias préconisés par les architectes ».

©Arlon

DES EFFETS PLUS VRAIS QUE NATURE

Films à effets, films texturés, décors ultra réalistes : depuis quelques années, les fabricants sortent l’artillerie lourde pour répondre à la demande. C’est à qui proposera le plus d’effets et le plus de réalisme. Avec son concours Mactac Creative Awards, Mactac a fait partie des pionniers sur ce marché et a contribué à démocratiser l’usage du film pour le secteur de la décoration. Sa gamme WallWrap notamment, multiplie les effets : elle décline en particulier trois films texturés pour donner vie et relief à tous types de décors, donnant l’impression que l’on est face à du cuir, un canvas ou, mieux, une toile de maître. En réponse à la concurrence du papier peint et des toiles tendues, Avery Dennison innove dans sa gamme Interior Design, avec un film textile et flexible doté d’une finition canvas et spécialement conçu pour les applications de revêtement de mur et d’art graphique mural. Et un support d’impression papier, au toucher soyeux – le MPI 8520 Wall Paper – vient également compléter la gamme cette année.

Les films dédiés à l’univers de la décoration sont également un levier de croissance majeur depuis plusieurs années pour 3M. Le fabricant, qui préfère parler de finitions architecturales, annonce, pour sa gamme DI-NOC, plus de 800 finitions disponibles dans plus de 20 familles d’effets matière. Nouveauté 2020 : la gamme DI-NOC Glass Finishes a été conçue pour s’appliquer sur les surfaces en verre. Déclinée en 18 motifs, allant du bois au métal en passant par le tissu ou encore la pierre, elle permet de transformer une zone d’accueil en un espace lumineux ou bien de personnaliser une simple table en verre en lui donnant, par exemple, un effet textile.

©3M

DES ÉCONOMIES DE RÉNOVATION

Chez Cover Styl’, la gamme de revêtements est destinée à la personnalisation des murs et du mobilier. Plus de 600 modèles sont disponibles, répartis en huit catégories : bois, cuirs, marbres, textiles, paillettes, pierres naturelles, couleurs unies et métallisés. « Nos films sont garantis dix ans. Et on estime qu’ils permettent entre 50 et 70 % d’économies par rapport à une rénovation classique. De nombreux hôtels en Europe et dans le reste du monde utilisent nos solutions pour rénover leurs établissements », explique le fabricant. Parmi ses références, le Mariott de la place Vendôme, à Paris, qui a été convaincu par ses effets bois plus vrais que nature.

 

« Il est plus rentable pour nos clients de rénover leurs éléments de boutique avec un film que de racheter un meuble professionnel. D’autant que nous avons à notre disposition des effets de textures qui nous permettent de proposer des personnalisations de qualité », Marc-Antoine Lengaigne, Publi24

 

Depuis 2018, le fabricant français de films Hexis déploie son « Hex’périence » sur le marché de la décoration, avec une gamme complète de solutions qui comprend à la fois des films imprimables, des laminations spécifiques et des textures, autrement dit un complexe d’impression entièrement personnalisable au service de la décoration. « C’est du sur-mesure. Nous avons aujourd’hui des clients dans tous les domaines d’activité. Cela va du cabinet médical aux bureaux d’un groupe comme EDF, en passant par un restaurant ou l’intérieur d’un train. Pour chaque usage, nous avons des solutions adaptées. Dans les milieux de la santé par exemple, nos laminations anti-microbiennes nous permettent de faire la différence », dévoile Marine Guelaia. Dans un tout autre style, au printemps 2019, le fabricant a lancé une lamination « peau de croco », pour donner un effet original aux films imprimés. « Le “PCgator” est utilisable pour laminer tout type de films imprimés. Le but est de venir ajouter une touche de style unique, avec un effet de matière impossible à réaliser avec de la peinture », précise Marine Guelaia. Autre nouveauté qui a le vent en poupe : les films à effet dichroïque, qui permettent de jouer avec la lumière et la transparence.

Les grands distributeurs européens de médias d’impression, comme Antalis et Igepa, proposent eux aussi leur propre marque de supports adhésifs pour des usages liés à la décoration. Avec sa collection Coala Interior Film, c’est 650 références de revêtement adhésif que décline Antalis. De son côté, Igepa creuse son sillon sur ce marché. En France, la nouvelle personnalisation du réseau Fitness Park a notamment été réalisée avec ses films.

©Coverstyl

DE NOUVEAUX USAGES

Doté de son propre atelier de production et de son équipe de poseurs, Acte Déco surfe aujourd’hui sur son expérience de près de vingt ans dans le secteur pour tester de nouveaux usages. « Aujourd’hui, la personnalisation des murs, des sols et des vitres sont des sujets que nous maîtrisons bien. Mais nous sortons également du cadre avec de la pose de “papier peint” en extérieur, sur les murs et les façades », précise Anthony Plessis. Donner de la couleur à la façade de son bâtiment, sans pour autant investir dans un nouveau crépi, c’est en effet possible grâce à la nouvelle gamme de revêtements adhésifs Envision développée par la marque 3M. « Le support 3M Envision permet de décorer facilement et rapidement toutes les surfaces brutes, telles que la brique, le stuc, le crépi et le parpaing. Au printemps, nous habillerons la façade d’un hôtel parisien avec ce produit », annonce le responsable.

« La personnalisation des objets, et surtout du mobilier, fait aussi partie des nouveaux usages que nous voyons se développer », poursuit Marc-Antoine Lengaigne, dirigeant de Publi24, imprimeur spécialisé dans la fabrication d’enseignes et de signalétiques publicitaires installé au Mans. « Le mobilier de pharmacie, le meuble d’une boucherie, le comptoir d’un bar… Nos clients ont fait leurs calculs. Il est bien plus rentable pour eux de rénover leurs éléments avec un film que de racheter un meuble professionnel dont le coût est exorbitant. D’autant qu’aujourd’hui, nous avons à notre disposition des effets de textures qui nous permettent de proposer des personnalisations de qualité », précise le dirigeant. « C’est un nouveau réflexe à acquérir pour les imprimeurs, qui peuvent ainsi développer un vrai marché de proximité à forte valeur ajoutée, car tout le monde est concerné, les petits commerces comme les entreprises », confirme Poitoo Adhésifs, spécialiste français des supports adhésifs.

EN CHIFFRES

  • 16,7 milliards d’euros : le montant du marché de la décoration imprimée en 2018.
  • 5 % : la croissance annuelle du marché d’ici à 2023.

Source : The Future of Decorative Printing to 2023, cabinet Smithers Pira

Journaliste et content manager spécialisée dans le domaine des industries graphiques et créatives. Diplomée du CFPJ Paris (Centre de formation des journalistes), Cécile Jarry suit depuis plus de dix ans l’actualité de ces secteurs. Elle collabore aujourd’hui au magazine Industries Créatives, où elle décrypte les campagnes de personnalisation orchestrées par les plus grandes marques. Elle travaille notamment sur le phénomène du fast retail et de la personnalisation de l’expérience client.